Une époque de zombies numériques

«Pauvre petit moi», disait le comédien Sol pour souligner combien il faisait pitié. Mais, en vérité, si on prend la peine de marquer un temps d’arrêt pour jeter un œil à notre miroir collectif, on réalise alors que Sol ne sera plus le seul à se trouver misérable.

Miroir, miroir, dis-nous si nous sommes toujours aussi beaux et intelligents que nous le croyons, à travers la myriade d’appareils mobiles et de réseaux sociaux désormais greffés à nos têtes et à nos cœurs? Tout entier même à notre existence.

Photo : Jonathan Borba, Pexels

Quelle image renvoie de nous cette époque hautement technologique? Nous sommes passés de l’homo sapiens à l’homo numérique et virtuel, branché sur la communication planétaire, mais surtout en réalité sur nous-mêmes, pour ne pas dire sur notre égocentrisme, comme l’illustre si bien la mode fort répandue du «selfie». Ah, comme la vie serait triste sans notre sur-moi!

Notre époque se décline en une multitude d’outils techno de la communication : ordinateurs, tablettes numériques, téléphones cellulaires, Iphone, ibook et autres appareils mobiles, et en réseaux sociaux tels Facebook, Twitter, Instagram, LinkedIn, sans oublier les riches agrégateurs de contenus comme Google, Wikipedia, et autres …

Le bon côté du miroir, c’est que la communication entre humains n’a plus de frontière. La distance a été pour ainsi abolie; les continents se sont évanouis. Du bout des doigts ou encore des deux pouces, nous communiquons entre nous à la vitesse de la lumière, facilitant ainsi nos relations avec nos parents, amis et connaissances. C’est ainsi que courriels et texto sont apparus dans nos vies pour devenir quasiment le prolongement de nous-mêmes.

L’actualité du jour, voire d’heure en heure, n’a plus de secrets pour nous car nous sommes connectés à ce qui se passe dans le monde, à la minute près. Non seulement avons-nous accès aux nouvelles du jour, mais aussi aux commérages, potins, publicités et désinformations qui pullulent sur les réseaux et médias sociaux. Une sorte de cacophonie, de tour de Babel du 21e siècle.

La planète n’a qu’à bien se tenir, nous savons tout ou presque sur ses grandeurs et ses misères.

En état de dépendance

Nous sommes littéralement scotchés à nos appareils technologiques, en état de dépendance aigue, au point où on peut se demander qui est au service de qui. En serions-nous devenus esclaves?

Une chance que le ridicule ne tue pas parce que nous sommes devenus irrémédiablement accros à nos technologies. À preuve, il n’est pas rare de voir dans des cafés des couples qui ne s’échangent ni un regard, ni une parole, les yeux rivés sur leurs cellulaires ou leurs Iphone. C’est à croire qu’ils préfèrent se parler par texto ou qu’ils cherchent quelqu’un de plus intéressant ailleurs.

Sur la rue, on croise de plus en plus de somnambules, de zombies numériques scotchés à leurs appareils mobiles qui ne prennent même pas soin de regarder où ils marchent, surpris d’entrer en collision avec d’autres piétons…quand ce n’est pas au volant d’une auto.

D’autres marcheurs parlent tout seul. C’est du moins l’impression qu’on a quand on les croise alors qu’ils errent dans leurs bulles technologiques, racontant haut et fort leur vie aux passants, qui s’en passerait volontiers.

Que cette mise à nu de son intimité dans l’espace public est étrange, que ce soit sur la rue, dans un commerce ou à travers les médias sociaux!

Il est vrai que tout être humain, quel qu’il soit, a besoin d’affirmer à la face du monde qu’il existe. Mais jusqu’où doit se manifester cette affirmation? Ce besoin est-il si vital qu’il commande d’écrire tous les jours sur les murs de sa page Facebook? À moins d’être adolescents peut-être…

L’importance, et plus encore la crédibilité, que l’on accorde à ce réseau social étonnent, considérant le contenu plus ou moins substantiel, hétéroclite et de qualité inégale qui s’y trouve. Surprenant d’y voir la signature régulière, quasi quotidienne, de collègues pourtant rompus au sens critique et au discernement.

Robert Maltais

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