Se draper de la couverture vertueuse de l’éthique

Le mot éthique a quelque chose de vertueux, de presque magique de nos jours. Tant et si bien que l’éthique se trouve assaisonnée à toutes les sauces et à tous les milieux, autant au monde des affaires qu’à celui de la politique. À preuve, vous n’avez qu’à évoquer ce mot magique, à propos de tout et de rien, pour que s’ouvre devant vous la grotte renfermant les trésors d’Ali Baba.

Ne pas confondre l’éthique avec la rectitude politique qui est une posture morale, le lieu privilégié des pseudo-vertueux et du conformisme social s’abreuvant aux prêts-à-penser à la mode. (Photo : Na Urchin, Pexels)

L’appellation éthique sert de passeport, de caution morale dans une société en quête désespérée de balises morales. Mais c’est aussi un paravent qui cache parfois des choses qu’on ne souhaiterait montrer au grand jour. On se drape alors du fier manteau de l’éthique pour donner à ses actes une odeur de pureté.

Qui n’a pas entendu parler de placements soi-disant éthiques, de comportements bancaires éthiques ou d’une politique gouvernementale sous le couvert de l’éthique? Non, mais je rêve! Ou, à l’inverse, de l’absence totale d’éthique chez un politicien, un individu ou une société commerciale?

Déviée de son sens premier, l’éthique fait parfois l’objet de récupérations à des fins bassement personnelles, amorales autant qu’immorales.

S’extraire de la confusion éthique

Mais savons-nous vraiment ce qu’est l’éthique? Que renferme précisément ce concept à connotation hautement morale, sans tomber ici dans l’élaboration d’un traité à caractère scientifique?

Science de la morale, l’éthique représente à la fois l’esprit et l’âme de la morale. Toute réflexion et démarche éthique sont en principe fondées sur le questionnement, l’interprétation de la réalité et l’engagement responsable.[1][1]

En réalité l’éthique trouve ses ramifications aux racines mêmes de la conscience personnelle et des valeurs humaines. Un appel qui s’inspire des plus hautes valeurs morales, comme le respect, la compassion, l’amour, la générosité et la dignité.

Attention, on a la fâcheuse tendance à confondre l’éthique avec la rectitude politique, deux réalités fort différentes l’une de l’autre. La rectitude politique est une posture morale conforme au goût du jour et au bon ton, en d’autres mots c’est le lieu privilégié des pseudo-vertueux et du conformisme social s’abreuvant aux prêts-à-penser à la mode.

Du manger mou collectif pour l’esprit.

Un vent de rectitude souffle sur l’Occident depuis plus d’une décennie, dictant la conduite à une foule de gens ayant abdiqué leur propre libre-arbitre, leur capacité de penser librement par eux-mêmes. C’est le réflexe du troupeau, une expression chère à l’auteur Noam Chomsky, qui décrit ainsi le phénomène de manipulation du peuple.

En revanche, il faut convenir que la correction politique n’a pas eu socialement que des effets négatifs. Elle aura permis une prise de conscience dans le domaine sensible de la discrimination entre les humains.

À l’opposé, poussée à son paroxysme, elle porte en soi le germe de l’autoritarisme en muselant tout ce qui semble contraire à l’orthodoxie et aux bonnes mœurs d’une société frileuse qui craint d’appeler les choses par leurs noms, de peur d’heurter une sensibilité populaire à fleur de peau. Il faut, tout au contraire, éviter la dictature de la pensée unique et d’une forme d’angélisme sociétal.

L’éthique n’est ni une marque de commerce, ni une barre de savon grâce à laquelle on peut se donner une virginité morale. L’éthique personnelle n’a de sens et de légitimité que si elle prône le respect de valeurs humanistes, avec toute la relativité et la dose de sagesse que cela implique.

L’éthique est l’âme de la maison qui abrite le corps et l’esprit.

Robert Maltais

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