L’éphémère jeunesse

Comment se fait-il qu’une jeune femme et un jeune homme finissent par devenir vieux, sans même avoir vu le temps passer?

Hier encore j’avais 20 ans, chante avec mélancolie Aznavour. Et dire que cet ex-jeune homme en est maintenant rendu à plus de 90 printemps!

Reprenons le décompte biologique : un jour vous avez 20 ans, et à peine le lendemain voilà que vous en avez 30, 40 et puis 50. Les saisons se sont succédé à un rythme tel que vous n’y avez vu que du feu, à peine quelques instants de plus ou moins grande lucidité. Trois décennies se seront ainsi évaporées à votre plus grand étonnement.

Votre jeunesse vous semblait pourtant éternelle. Il n’existait que vous, vos amis, les jeunes de votre génération bénie des dieux, et la fête. Dans un autre système solaire, cohabitait bien sûr la génération de vos parents, les 40 à 55 ans, en principe plus matures quoique légèrement dépassés à vos yeux. Puis, enfin, celle des vieux qu’on appelle aujourd’hui, sous l’empire de la rectitude politique, les aînés.

Jamais n’auriez imaginé atteindre un jour un âge aussi vénérable. Photo de Vlad Chețan, Pexels.

Jamais, au grand jamais vous n’auriez imaginé atteindre un jour un âge aussi vénérable que celui de ces aînés. Seuls les petits vieux pouvaient y accéder, croyiez-vous sincèrement alors.

La valorisation sociale de la jeunesse

Il est tout à fait naturel et compréhensible que la société valorise la jeunesse alors que l’être humain y connaît sa période de plénitude physiologique. Beauté, souplesse et agilité propres au jeune âge. Une large part de la société de consommation concourt à cette valorisation, pour ne pas dire à sa glorification, tout comme à son exploitation à outrance.

Comme les générations se suivent sans interruption, la jeunesse prend alors une dimension continue, éternelle. Seuls les êtres et les visages changent. Tel un ogre, le système économique consomme avec gourmandise ces générations continues de jeunes femmes et de jeunes hommes. Que de produits n’invente-t-on pas pour les séduire!

Amorale, l’ineffable société de consommation est sans fin ni cœur, car sa finalité n’a rien à voir avec notre bien-être. Seuls comptent ses bénéfices financiers et ses actionnaires. Elle est pourvue d’une imagination fertile dont l’objectif ultime est de nous garder sous sa coupe. À cette fin, elle n’hésitera pas à chanter tous les couplets de notre grandeur et de notre présumée jeunesse éternelle.

L’œuvre du temps

Mais le temps se rit bien de l’économie de marché et des produits de jouvence.

Telle une gigantesque horloge planétaire, le temps fait irrémédiablement son œuvre sur la vie animale et végétale,  égrenant les heures, les jours, les années et les siècles. Aucun être humain n’est épargné par le temps qui passe.  Au fil des ans, le processus du vieillissement nous transforme tous progressivement, de la naissance à la mort.

Ici s’inscrit une règle de justice universelle pour tous les êtres humains, sans exception. Vivre et mourir, en parcourant le chemin menant de la jeunesse au grand âge.

La vieillesse est un scandale, écrivait Chateaubriand. Elle constitue en effet l’un des plus grands paradoxes de l’existence. Au moment où l’être humain atteint le plus de maturité et de sagesse, voilà que son corps se décompose petit à petit au fil des décennies, passant du biberon à la marchette en l’espace d’une vie. Ainsi s’évanouissent les forces vives de l’être, son énergie vitale.

À l’échelle de notre univers vieux de milliards d’années, la durée de nos vies ne correspond qu’à quelques infimes fractions de secondes – des nanosecondes. Pareil constat a de quoi donner le vertige et à nous appeler à relativiser nos angoisses existentielles.

Encore faut-il savoir profiter pleinement de nos nanosecondes!

Robert Maltais

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