Carnet d’un libre-penseur

Pour laisser entrer un peu d’air frais dans la maison commune des idées, quoi de mieux qu’un blogue écrit par un libre-penseur qui refuse d’adhérer à quelque dogme ou idéologie que ce soit, de crainte de vendre son âme au diable. Par déformation, ce blogue est inévitablement aussi celui du journaliste de métier et de l’éthicien de formation que je suis. On ne peut pas se réinventer!

Ce que je vous propose, c’est un blogue à contre-courant d’une époque empreinte de rectitude politique, d’idées de droite rétrogrades, de conditionnements sociaux et de prêt-à-penser collectifs.

Une bouffée d’air frais donc pour questionner notre époque actuelle, ses grandeurs et ses misères, comme doit s’évertuer à le faire tout bon libre-penseur.

Pourquoi ne pas amorcer ce premier carnet par le thème de la liberté d’expression si chère à tous en démocratie. Or, cette liberté n’arrête pas de faire couler de l’encre depuis des mois avec l’affaire qui oppose l’humoriste Mike Ward au jeune Jérémie Girard! Une affaire qui soulève une question fondamentale en démocratie : la liberté d’expression serait-elle vraiment sans limite? Nous autorise-t-elle à tout dire et à tout écrire, même des insanités? La liberté d’expression a été au cœur même de ma pratique professionnelle tout au long des dernières décennies. Elle constitue ni plus ni moins le pain et le beurre de tout journaliste; c’est cette liberté qui donne sa légitimité et sa plénitude à la liberté de presse.

Deux paramètres servent de balises à la liberté d’expression : d’un côté le droit, de l’autre l’éthique.

Voyons l’affaire Ward-Girard de plus près. Sous le couvert de l’humour, Mike Ward se moque allègrement du jeune Girard, en riant de son handicap physique et de ses ambitions de chanteur. Il le ridiculisera pendant quelque 200 représentations données à travers le Québec et le Canada.

Les propos de l’humoriste sont tout sauf subtils. Des gouttes de vitriol, de l’humour à ras du sol, soit le plus bas dénominateur commun de cet art de la scène. À titre d’exemple, Ward se demande pourquoi ce jeune homme «lette» n’est pas encore mort, alors qu’on le disait condamné, enfant, par une grave maladie. On voit ici toute la grandeur de la compassion de l’humoriste à l’endroit du jeune Girard.

Les humoristes aux barricades

Toujours est-il que la communauté québécoise des humoristes a déchiré sa chemise sur la place publique à la suite du blâme adressé à Mike Ward par la Commission des droits de la personne, et surtout de l’amende imposée à leur pauvre collègue. Se drapant du manteau de la défense de la liberté d’expression, l’industrie de l’humour a organisé un grand spectacle pour soutenir financièrement le camarade déchu. Une mise en scène qu’on peut qualifier de véritable veau de ville.

Doit-on comprendre qu’en humour tout devrait être permis? Que l’humour autorise même la diffusion des propos blessants et discriminatoires envers un individu? Ne doit-il pas exister une frontière délimitant de façon claire ce qui est éthiquement et socialement acceptable et ce qui ne l’est pas! Cette ligne de démarcation ne devrait-elle pas, a priori, s’inspirer d’un degré minimal de respect auquel a droit tout être humain, fut-il ou pas handicapé.

En journalisme, la déontologie des membres de la presse est on ne peut plus claire à ce sujet : «Toute personne, qu’elle soit de notoriété publique ou non, a le droit fondamental à la vie privée, à l’intimité, à la dignité et au respect de la réputation». Le caricaturiste de presse doit répondre aux mêmes normes déontologiques en s’acquittant de son travail avec la même conscience, le même souci de qualité et de respect des personnes, des groupes et du public.

Comme le monde de l’humour ne vit pas sur une autre planète, les humoristes peuvent-ils réellement faire abstraction de tout sens éthique et faire fi des valeurs humanistes que sont le respect et la dignité d’être?

La liberté d’expression est un joyau universel inestimable qu’il faut savoir protéger envers et contre tous ceux qui prennent plaisir à en user abusivement, au détriment des autres. Protégeons cette liberté contre la bêtise humaine.

Robert Maltais

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